mercredi 24 octobre 2012

Introduction et discours d'ouverture du saint pape Jean XXIII.



INTRODUCTION

Il y a 26 ans, en 1986, j’entrais en première année de formation au séminaire interdiocésain d’Avignon. Avant mes années de séminaire à Avignon puis à Rome j’avais certes entendu parler du Concile Vatican II. Cependant je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire les textes. Comme la plupart des catholiques français j’en vivais sans le savoir les fruits et les orientations dans ma paroisse et dans mon diocèse. Mais je ne connaissais quasiment rien des grandes orientations du Concile si ce n’est que j’avais conscience de pouvoir participer à la messe dans ma propre langue grâce à la réforme liturgique issue de cette assemblée. Comme pour la plupart des catholiques français le Concile évoquait d’abord pour moi cette réforme liturgique qui a été ensuite l’objet de tant de polémiques. C’est donc grâce aux professeurs du séminaire que j’ai eu un premier contact réel et sérieux avec les textes de Vatican II. Ordonné prêtre diocésain pour le diocèse d’Avignon en 1993, j’ai bien sûr depuis rouvert le livre, acquis pendant mes années d’études et fortement annoté, contenant les documents conciliaires pour donner telle ou telle formation permanente aux laïcs de mes paroisses ou du diocèse. Mais il a fallu attendre le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile, donc l’année 2012, pour que je relise intégralement les quatre constitutions. Il m’a semblé en effet nécessaire de proposer aux membres de la communauté catholique francophone de Copenhague, dont je suis l’aumônier, une formation mensuelle tout au long de cette année anniversaire pour leur permettre de découvrir (ou redécouvrir pour certains) l’enseignement du dernier Concile. Ce livre n’est que la mise en forme développée des conférences que j’ai données à Copenhague. Je dois dire que j’ai été émerveillé, en relisant ces textes et en donnant ces temps de formation, par la vérité et la cohérence de la doctrine présentée, la justesse et l’équilibre du ton, la finesse des analyses de la société contemporaine ainsi que par la richesse et la profondeur des orientations pastorales qui se trouvent dans les quatre constitutions. On y ressent d’une manière presque palpable le souffle et l’élan de l’Esprit Saint qui a animé cette assemblée œcuménique pendant trois années de la vie de notre Eglise. Ce déploiement intégral de la magnifique architecture de la doctrine catholique, cette méditation magistrale sur le mystère de l’Eglise dans sa relation à Dieu Trinité et au monde, est un véritable miracle de l’Esprit quand on sait que le 21e concile de l’histoire de l’Eglise fut le plus œcuménique de tous[1], rassemblant dans la basilique saint Pierre pas moins de 2381 pères conciliaires sous la présidence successive des papes Jean XXIII et Paul VI.

Paul VI : Le miracle de la conciliation
« On voit que le Concile fut un temps de visite divine, un temps de grâce. Davantage, une date solennelle, une grande HEURE, un moment fort dans le temps de l’Eglise. […] L’ensemble des évêques s’est mis à l’école, à l’écoute et beaucoup sont surpris qu’en quatre ans leur point de vue ait changé et se soit élargi, qu’ils aient parfois accepté ce qu’avant le Concile ils auraient jugé inacceptable ou trop hardi. Cette action du Concile sur lui-même fut un signe de la présence divine. […] L’Esprit a agi sur le Concile pour le concilier. On pouvait penser, en se rappelant les anciens Conciles et même le premier Concile du Vatican, qu’il y aurait une forte minorité d’opposants. Cela n’a pas été. Les derniers votes ont été presque unanimes… On passa d’un Concile conciliant – par l’intervalle d’un Concile discutant – à un Concile réconcilié. Telle fut la dialectique de ce Concile. […] J’ai été, moi aussi, frappé par ce fait que l’évêque qui donnait son avis dans le Concile s’opposait souvent à un autre évêque, alors que les jours de vote les deux votaient ensemble. Lorsqu’un évêque parlait, il avait l’obligation de dire son avis, son point de vue ; lorsque l’évêque votait, son devoir était autre : il devait entendre en lui la pensée de l’Esprit. C’est là qu’on voit la différence de l’humain et du divin. […] Il est parfois question, à propos du Concile, de vainqueurs et de vaincus. Mais si l’on est vaincu par une vérité ou un aspect  de la vérité que l’on n’avait pas encore perçus, je dis qu’on est vainqueur. On ne devrait pas chercher à vaincre son interlocuteur, mais à le convaincre. D’une saine et sainte discussion, il ne sort pas un « maître » et un « esclave », pour parler le langage de Marx, mais deux serviteurs de la vérité. […] Aussi dans la vraie conciliation, -si différente du compromis,- chacune des vues partielles doit se retrouver sous une forme où elle est plus vraie que lorsqu’elle était ardente et solitaire, soutenue par une seule paternité, issue d’une seule tête, sous une perspective nécessairement particulière[2] ».


Les textes issus du Concile sont vraiment inspirés, non pas à la manière de l’Ecriture Sainte bien sûr, mais dans le sens où l’Eglise, en puisant dans le meilleur de sa Tradition bimillénaire, a été capable de proposer le message de l’Evangile d’une manière nouvelle et sereine. Pour mettre en avant la beauté de sa doctrine et la présenter d’une manière adaptée au monde contemporain, elle n’a pas ressenti le besoin de condamner ce monde dans lequel elle-même est insérée en tant que réalité humaine. Bien au contraire elle a voulu entrer en dialogue avec un monde connaissant de rapides évolutions et transformations sans éprouver aucune peur. Ce n’est pas la crainte de la modernité qui a en effet guidé les pères conciliaires mais plutôt le désir de se mettre au service de tout l’homme et de tout homme, la ferme volonté de faire rayonner la lumière de la révélation chrétienne qui seule est capable d’éclairer totalement le mystère de notre condition humaine. Il suffit de consulter la table biblique et l’index des sources des documents conciliaires pour se rendre compte que cette gigantesque réflexion de l’Eglise s’alimente aux racines vivifiantes de la Parole de Dieu, des Pères de l’Eglise et des conciles précédents[3].

Paul VI : Tradition et aggiornamento
« Le Concile n’est pas une nouveauté : c’est la Tradition même, mais avec plus de vérité intérieure, d’authenticité, de charité.[…] La charité et la vérité ne s’opposeront jamais, parce que la charité dans son plus haut point, dans son aspect sublime, est la charité de la vérité… La visée du Concile était pastorale : il ne s’agissait pas de définir de nouveaux aspects de la Vérité, mais de rendre cette Vérité plus accessible, plus assimilable aux esprits de ce temps, par conséquent encore plus vraie, parce que mieux aimée, plus efficace.[…] Il est de fait qu’en quatre ans de Concile, l’Eglise a parcouru un immense intervalle, elle a fait un bond en avant, elle est allée très vite, en apparence du moins. Non pas…pour dire des choses vraiment nouvelles : NOVA, mais pour mettre en lumière, pour faire émerger, pour expliciter, pour formuler ce que l’Eglise pensait depuis toujours, ce qui était impliqué dans l’Evangile lui-même. […] Si certaines manières de faire, de penser ou de sentir, certaines expressions sont nouvelles, c’est pour que ce qui était admis depuis toujours soit encore plus approfondi. Et surtout pour que cela soit accordé avec les exigences des contemporains, qui veulent plus de liberté, plus d’authenticité, et une connaissance plus personnelle des mystères de la foi. […] Nous n’avons pas pris le parti de la vie, abandonnant le parti de la vérité. Nos avons voulu donner à la vérité une vie plus abondante[4] ».


La célébration du 50e anniversaire de l’ouverture du Concile sera l’occasion pour de nombreux catholiques et non-catholiques de découvrir ou de redécouvrir ces textes. Imitant l’exemple de Paul VI qui avait proclamé en 1967 une année de la foi à l’occasion du 19e centenaire du martyre des apôtres Pierre et Paul, Benoît XVI invite aussi l’Eglise de notre temps à vivre une année de la foi du 11 octobre 2012 au 24 novembre 2013 (Motu proprio Porta Fidei[5]). Cette année de la foi sera un temps de grâce particulier pour tous ceux qui feront l’effort de lire et de méditer les textes du Concile et d’étudier le Catéchisme de l’Eglise catholique[6] qui en est l’un des fruits les plus beaux dans l’enseignement récent de l’Eglise. Ce simple livre a été écrit comme un guide facilitant la lecture et la compréhension des quatre constitutions conciliaires. Pour bien comprendre dans quel esprit elles ont été promulguées il me semble essentiel de se référer à trois textes non-conciliaires mais étroitement liés au Concile :

1°/ Le discours d’ouverture par Jean XXIII (11 octobre 1962)

2°/ L’encyclique de Paul VI, Ecclesiam suam, publiée en plein Concile le 6 août 1964

3°/ Le discours de clôture de Paul VI (7 décembre 1965) : à la fin de ce livre.

Il n’y pas de source plus fiable pour connaître l’esprit du Concile que ces trois textes dans lesquels les papes du Concile se sont clairement exprimés quant à ses objectifs et aux fruits qu’ils en attendaient pour l’Eglise et pour le monde.

La numérotation des textes a été ajoutée par souci pratique. Les mises en évidence de certaines parties des textes qui suivent (en gras, italique ou souligné) sont de moi. Le but étant d’attirer l’attention du lecteur sur un passage particulièrement important, significatif ou synthétique. Je me limiterai à quelques commentaires  sous la forme de notes de bas de page.
L'ouverture solennelle du 21e Concile œcuménique

Discours du bienheureux pape Jean XXIII[7] à l'issue de la cérémonie du 11 octobre

VÉNÉRABLES FRÈRES,

   1.  Notre sainte Mère l'Eglise est dans la joie. Par une faveur particulière de la divine Providence, le jour si attendu est arrivé où, sous la protection de la sainte Mère de Dieu dont nous fêtons aujourd'hui la Maternité, s'ouvre solennellement, auprès du tombeau de saint Pierre, le IIe Concile œcuménique du Vatican[8].

LES CONCILES OECUMÉNIQUES DANS L'EGLISE

2.     Tous les Conciles qui se sont célébrés au cours des temps — aussi bien les vingt Conciles œcuméniques que les innombrables Conciles provinciaux et régionaux, importants eux aussi — attestent clairement la vitalité de l'Eglise catholique et sont comme des flambeaux jalonnant son histoire.

3.     L'humble Successeur du Prince des apôtres qui vous parle, le dernier en date, a voulu en convoquant ces importantes assises donner une nouvelle affirmation du magistère ecclésiastique toujours vivant et qui continuera jusqu'à la fin des temps. Par le Concile, en tenant compte des erreurs[9], des besoins et des possibilités de notre époque, ce magistère sera présenté aujourd'hui d'une façon extraordinaire à tous les hommes qui vivent sur la terre.

4.     En ouvrant ce Concile universel, il est bien naturel que le Vicaire du Christ qui vous parle jette un regard vers le passé et écoute les échos vivants et réconfortants qui en proviennent. Il aime évoquer le souvenir des Souverains Pontifes si méritants, des temps lointains et récents, qui ont transmis le témoignage de ces voix graves et vénérables que furent les Conciles d'Orient et d'Occident, du IVe siècle au Moyen Age et jusqu'à notre époque. Avec une constante ferveur, ils ont proclamé le triomphe de cette société à la fois divine et humaine qu'est l'Eglise du Christ[10], laquelle a reçu du divin Rédempteur son nom, son sens et le don de la grâce.

5.     Si ce sont là des motifs de joie spirituelle, nous ne pouvons cependant pas oublier les souffrances et les épreuves de toutes sortes qui, pendant dix-neuf siècles ont obscurci cette histoire. La prophétie que fit autrefois à Marie le vieillard Siméon s'est réalisée et elle continue à se réaliser: « Vois! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction. » (Luc, 2, 34.) Et Jésus lui-même, lorsqu'il fut devenu adulte, annonça clairement par ces paroles mystérieuses qu'au cours des temps les hommes feraient preuve d'hostilité à son égard: « Qui vous écoute m'écoute. » (Ibid., 10, 16.) Et aussi: « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. » (Ibid., 11, 23.)

6.     Les graves problèmes posés au genre humain depuis près de vingt siècles restent les mêmes. Jésus-Christ reste en effet toujours au centre de l'histoire et de la vie: les hommes, ou bien sont avec lui et avec son Eglise, et alors ils jouissent de la lumière, de la bonté, de l'ordre et de la paix; ou bien vivent sans lui, agissent contre lui ou demeurent délibérément hors de son Eglise, et alors ils connaissent la confusion, la dureté dans leurs rapports entre eux et le risque de guerres sanglantes[11].

7.     Les Conciles œcuméniques, chaque fois qu'ils se réunissent, affirment solennellement cette union avec le Christ et son Eglise, ils font resplendir à tous les horizons la lumière de la vérité, ils orientent vers le bon chemin la vie des individus, des familles et des sociétés, ils suscitent et affermissent les énergies spirituelles et élèvent sans cesse les âmes vers les biens authentiques et éternels[12].

8.     Nous avons devant les yeux les témoignages de ce magistère extraordinaire de l'Eglise que sont les Conciles œcuméniques lorsque nous regardons les différentes époques qui se sont succédé au cours des vingt siècles de l'histoire chrétienne[13]. Leurs documents sont recueillis dans d'imposants et nombreux volumes et ils constituent un trésor sacré qui est gardé dans les archives de Rome et dans les bibliothèques les plus célèbres du monde entier.

ORIGINE ET MOBILES DU  IIe  CONCILE OECUMÉNIQUE DU VATICAN

9.     Pour ce qui est de l'origine et des mobiles de ce grand événement, pour lequel il Nous a plu de vous convoquer ici, qu'il suffise de réaffirmer l'humble témoignage de Notre expérience personnelle: la première idée de ce Concile Nous est venue d'une façon tout à fait imprévue; ensuite, Nous l'avons exprimée avec simplicité devant le Sacré-Collège des cardinaux réuni en la basilique de Saint-Paul hors les murs en cet heureux jour du 25 janvier 1959, fête de la conversion de saint Paul. Les âmes de ceux qui étaient présents furent aussitôt frappées comme par un éclair de lumière céleste, les yeux et les visages de tous reflétaient la douce émotion qu'ils ressentaient[14]. Tout de suite, on se mit au travail avec ardeur dans le monde entier et tout le monde commença à attendre avec ferveur la célébration du Concile.

10.     Pendant trois années, on a travaillé à son active préparation, afin de connaître d'une façon plus ample et approfondie en quelle estime est tenue la foi en notre époque, de s'enquérir de la pratique religieuse et de la vitalité du monde chrétien, spécialement du monde catholique.

11.     Ce temps de la préparation du Concile œcuménique Nous apparaît à juste titre comme un premier signe et un premier don de la grâce céleste[15].

12.     Les lumières de ce Concile seront pour l'Eglise, Nous l'espérons, une source d'enrichissement spirituel. Après avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans crainte vers l'avenir[16]. En effet, lorsque auront été apportées les corrections[17] qui s'imposent et grâce à l'instauration d'une sage coopération mutuelle, l'Eglise fera en sorte que les hommes, les familles, les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses d'en-haut[18].

13.     La célébration de ce Concile nous fait donc un devoir d'exprimer notre reconnaissance envers Celui de qui viennent tous les biens et de proclamer en un chant joyeux la gloire du Christ Notre-Seigneur, Roi glorieux et immortel des siècles et des nations[19].

L'OPPORTUNITÉ DE LA CÉLÉBRATION DU CONCILE

14.     Sur ce point, vénérables frères, il est une autre chose sur laquelle il est bon d'attirer votre attention. Pour que soit plus complète la sainte joie qui en cette heure solennelle remplit nos cœurs, qu'il Nous soit permis de dire devant cette grande assemblée que ce Concile œcuménique s'ouvre dans des circonstances particulièrement favorables[20].

Les prophètes de malheur

15.     Il arrive souvent que dans l'exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés[21]; ils se conduisent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d'autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l'Eglise.

Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.

16.     Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant[22], il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Eglise, même les événements contraires.

La liberté d'action de l'Eglise.

17.     On peut facilement en faire la constatation, si on considère attentivement les très graves questions et controverses actuelles d'ordre politique et économique. Elles préoccupent tellement les hommes qu'elles les empêchent de penser aux choses religieuses qui ressortent du magistère de l'Eglise. Cette attitude[23] n'est certainement pas bonne et elle doit être réprouvée. Personne cependant ne peut nier que les nouvelles conditions de vie ont au moins cet avantage d'avoir supprimé d'innombrables obstacles par lesquels autrefois les fils du siècle entravaient la liberté d'action de l'Eglise. Il suffit de jeter un coup d'œil sur l'histoire de l'Eglise pour voir tout de suite avec évidence que les Conciles œcuméniques eux-mêmes, dont les vicissitudes sont inscrites en lettres d'or dans les fastes de l'Eglise, ont souvent connu de graves difficultés et des motifs de tristesse à cause de l'intrusion du pouvoir civil. Ces princes séculiers se proposaient certes parfois sincèrement de protéger l'Eglise; mais la plupart du temps cela ne se faisait pas sans dangers ni dommages pour le spirituel, car ils étaient bien souvent poussés par des motifs politiques et trop soucieux de leurs propres intérêts[24].

L'Eglise du silence.

18.     Il est vrai qu'aujourd'hui Nous avouons éprouver une peine très vive à cause de l'absence parmi vous d'un grand nombre d'évêques[25] qui Nous sont très chers et qui, à cause de leur foi dans le Christ, sont en prison ou bien empêchés d'autre manière. Cela nous incite prier pour eux avec ferveur. Cependant, c'est avec espérance et un grand réconfort que Nous le constatons: aujourd'hui l'Eglise, enfin libérée de tous les obstacles profanes d'autrefois, peut depuis cette basilique vaticane, comme d'un second Cénacle[26], faire entendre par vous sa voix pleine de majesté et de gravité.

LA PRINCIPALE TÂCHE DU CONCILE: DÉFENDRE ET PROMOUVOIR LA DOCTRINE

19.     Ce qui est très important pour le Concile œcuménique, c'est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d'une façon plus efficace[27].

Cite céleste et cité terrestre.

20.     Cette doctrine embrasse l'homme tout entier, dans son corps et dans son âme, et elle nous demande d'être sur terre des pèlerins en route vers la patrie céleste[28].

21.     Nous voyons par là que cette vie mortelle doit s'orienter de telle façon que, en accomplissant nos devoirs à l'égard de la cité terrestre et de la cité céleste, nous puissions parvenir à la fin que Dieu a voulue pour nous. Cela veut dire que tous les hommes, soit individuellement, soit collectivement, ont le devoir de tendre constamment et pendant toute leur vie à l'obtention des biens célestes. Et l'usage qu'ils font des choses de la terre doit être ordonné à cette fin, en veillant à ce que les biens temporels ne mettent pas en danger leur bonheur éternel[29].

22.     Le Christ Notre-Seigneur ne nous a-t-il pas dit: « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice »? (Matthieu 6, 33.) « D'abord », cela veut dire que nos énergies et nos pensées doivent tendre avant tout à cela[30]. Cependant, il ne faut pas oublier ce que le Seigneur nous dit ensuite: « Et tout le reste vous sera donné par surcroît. » (Ibid.) Il y a toujours eu et il y a encore dans l'Eglise des gens qui, tout en aspirant de toutes leurs forces à la perfection évangélique, se rendent en même temps utiles à la société. Leur vie exemplaire et leurs actes de charité sont en effet une grande force et un important facteur de développement pour ce qu'il y a de plus haut et de plus noble dans la société humaine.

Le progrès technique.

23.     Puisque cette doctrine embrasse les multiples domaines de l'activité humaine, individuelle, familiale et sociale, il est nécessaire avant tout que l'Eglise ne détourne jamais son regard de l'héritage sacré de vérité qu'elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu'elle se tourne vers les temps présents, qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l'apostolat catholique[31].

24.     C'est pour cette raison que l'Eglise n'est pas restée indifférente devant les admirables inventions du génie humain et les progrès de la science dont nous profitons aujourd'hui, et qu'elle n'a pas manqué de les estimer à leur juste valeur. Mais en suivant attentivement ces développements, elle n'oublie pas d'avertir les hommes que, par delà l'aspect visible des choses, ils doivent regarder vers Dieu, source de toute sagesse et de toute beauté[32]. Eux à qui il a été dit: « Soumettez la terre et dominez-la » (cf. Genèse 1, 28), ne doivent en effet jamais oublier ce grave commandement: « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul. » (Matthieu 4, 10; Luc 4, 8.) Ils éviteront ainsi que la fascination passagère des choses matérielles ne nuise au véritable progrès[33].

COMMENT PROMOUVOIR LA DOCTRINE À NOTRE ÉPOQUE

25.     Ces choses étant dites, vénérables frères, il est possible de voir avec suffisamment de clarté la tâche qui attend le Concile sur le plan doctrinal.

26.     Le XXIe Concile œcuménique — qui bénéficiera de l'aide efficace et très appréciable d'experts en matière de science sacrée, de pastorale et de questions administratives — veut transmettre dans son intégrité, sans l'affaiblir ni l'altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun des hommes[34]. Certes, ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor qui est à leur disposition.

27.     Cependant, ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n'étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte[35], au travail qu'exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l'Eglise marche depuis près de vingt siècles.

28.     Nous n'avons pas non plus comme premier but de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l'Eglise, et donc de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, Nous le pensons, vous ne l'ignorez pas et elle est gravée dans vos esprits[36].

Présenter la doctrine d'une façon qui réponde aux exigences de notre époque.

29.     En effet, s'il s'était agi uniquement de discussions de cette sorte, il n'aurait pas été besoin de réunir un Concile œcuménique. Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est l'adhésion de tous, dans un amour renouvelé, dans la paix et la sérénité, à toute la doctrine chrétienne dans sa plénitude, transmise avec cette précision de termes et de concepts qui a fait la gloire particulièrement du Concile de Trente et du premier Concile du Vatican[37]. Il faut que, répondant au vif désir de tous ceux qui sont sincèrement attachés à tout ce qui est chrétien, catholique et apostolique, cette doctrine soit plus largement et hautement connue, que les âmes soient plus profondément imprégnées d'elle, transformées par elle[38]. Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée[39]. Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette forme et travailler patiemment, s'il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral[40].

COMMENT RÉPRIMER LES ERREURS

30.     Au moment où s'ouvre ce IIe Concile œcuménique du Vatican, il n'a jamais été aussi manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. En effet, dans la succession des temps, nous voyons les opinions incertaines des hommes s'exclure les unes le autres, et bien souvent à peine les erreurs sont-elles nées qu'elles s'évanouissent comme brume au soleil.

31.     L'Eglise n'a jamais cessé de s'opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement[41]. Mais aujourd'hui, l'Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine[42]. Certes, il ne manque pas de doctrines et d'opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l'on doit écarter; mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d'honnêteté et porte des fruits si amers, qu'aujourd'hui les hommes semblent commencer à les condamner d'eux-mêmes. C'est le cas particulièrement pour ces manières de vivre au mépris de Dieu et de ses lois, en mettant une confiance exagérée dans le progrès technique, en faisant consister la prospérité uniquement dans le confort de l'existence. Les hommes sont de plus en plus convaincus que la dignité et la perfection de la personne humaine sont des valeurs très importantes qui exigent de rudes efforts. Mais ce qui est très important, c'est que l'expérience a fini par leur apprendre que la violence extérieure imposée aux autres, la puissance des armes, la domination politique ne sont pas capables d'apporter une heureuse solution aux graves problèmes qui les angoissent[43].

32.     L'Eglise catholique, en brandissant par ce Concile œcuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d'elle[44]. A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône: « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche. » (Actes 3, 6.) Certes, l'Eglise ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l'homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d'un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu'ils sont la solide garantie d'une telle vie. Elle ouvre les sources de sa doctrine si riche, grâce à laquelle les hommes, éclairés de la lumière du Christ, peuvent prendre pleinement conscience de ce qu'ils sont vraiment, de leur dignité et de la fin qu'ils doivent poursuivre[45]. Et enfin, par ses fils, elle étend partout l'immensité de la charité chrétienne, qui est le meilleur et le plus efficace moyen d'écarter les semences de discorde, de susciter la concorde, la juste paix et l'unité fraternelle de tous[46].

FAIRE GRANDIR L'UNITÉ DE LA FAMILLE CHRÉTIENNE ET HUMAINE

 33.   Si l'Eglise a le souci de promouvoir et de défendre la vérité, c'est parce que, selon le dessein de Dieu, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4), sans l'aide de la vérité révélée tout entière, les hommes ne peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel[47].

34.     Mais cette unité visible dans la vérité, la famille des chrétiens tout entière ne l'a encore malheureusement pas atteinte pleinement et complètement. Cependant, l'Eglise catholique estime que son devoir est de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice, a demandée à son Père dans une ardente prière; et elle éprouve une douce paix à savoir qu'elle est étroitement unie à ces prières du Christ[48]. Elle se réjouit même sincèrement de voir que ces prières ne cessent de multiplier leurs fruits abondants et salutaires, même parmi ceux qui vivent hors de son sein. En effet, à bien considérer cette unité que Jésus-Christ a implorée pour son Eglise, on voit qu'elle resplendit d'une triple lumière céleste et bienfaisante : l'unité des catholiques entre eux, qui doit rester extrêmement ferme et exemplaire[49]; l'unité de prières et de vœux ardents qui traduisent l'aspiration des chrétiens séparés du Siège apostolique à être réunis avec nous[50]; l'unité enfin d'estime et de respect à l'égard de l'Eglise catholique, manifestée par ceux qui professent diverses formes de religion encore non chrétiennes.

35.     C'est un sujet de profonde tristesse de voir que la majeure partie du genre humain — bien que tous les hommes qui viennent en ce monde soient rachetés par le Sang du Christ — ne participe encore pas aux sources de grâce qui résident dans l'Eglise catholique. C'est pourquoi on peut à bon droit appliquer à l'Eglise catholique — dont la lumière éclaire toutes choses et dont la force surnaturelle d'unité profite à toute la famille humaine — ces nobles paroles de saint Cyprien: « L'Eglise, baignée de lumière divine, rayonne dans tout l'univers; et pourtant, c'est une seule et même lumière qui diffuse partout sa clarté sans rompre l'unité du corps. Ses rameaux féconds s'étendent sur toute la terre, ses eaux coulent toujours plus abondamment et plus loin et, cependant, il n'y a qu'une seule tête, une seule origine, une seule mère si richement féconde. C'est de son sein que nous sommes nés, de son lait que nous sommes nourris, de son esprit que nous vivons. » (De Catholicae Ecclesiae Unitate, 5.)

36.     Vénérables frères, voilà ce que se propose le IIe Concile œcuménique du Vatican. En unissant les forces majeures de l'Eglise, et en travaillant à ce que l'annonce du salut soit accueillie plus favorablement par les hommes, il prépare en quelque sorte et il aplanit la voie menant à l'unité du genre humain, fondement nécessaire pour faire que la cité terrestre soit à l'image de la cité céleste « qui a pour roi la vérité, pour loi la charité et pour mesure l'éternité ». (Saint AUGUSTIN, Ep. CXXXVIII, 3.)

CONCLUSION

37.     Vénérables frères dans l'épiscopat, « Nous vous avons parlé en toute liberté ». (2 Corinthiens 6, 11.) Nous voilà rassemblés dans cette basilique vaticane, pivot de l'histoire de l'Eglise, et où maintenant le ciel et la terre sont étroitement unis auprès du tombeau de saint Pierre et de tant de Nos saints Prédécesseurs, dont les cendres, en cette heure solennelle, semblent animées d'un mystérieux frémissement d'allégresse[51].

38.     Le Concile qui vient de s'ouvrir est comme une aurore resplendissante qui se lève sur l'Eglise, et déjà les premiers rayons du soleil levant emplissent nos cœurs de douceur. Tout ici respire la sainteté et porte à la joie. Nous voyons des étoiles rehausser de leur éclat la majesté de ce temple, et ces étoiles, comme l'apôtre Jean nous en donne le témoignage (Apocalypse 1, 20), c'est vous. Avec vous, Nous voyons briller autour du tombeau du Prince des apôtres comme des chandeliers d'or, ce sont les Eglises qui vous sont confiées (ibid.). Nous voyons aussi de hauts dignitaires qui sont venus à Rome de tous les continents pour représenter leurs pays. Tous, ils sont ici dans une attitude de respect et d'attente bienveillante.

39.     On peut donc dire que le ciel et la terre s'unissent pour célébrer le Concile: les saints, pour protéger nos travaux; les fidèles, pour continuer à prier avec ferveur; et vous tous, pour vous mettre à l'œuvre avec ardeur, en obéissant aux inspirations de l'Esprit-Saint, afin que vos travaux répondent pleinement aux vœux et aux besoins des divers peuples. Cela requiert de vous paix et sérénité de cœur, concorde fraternelle, pondération dans les propositions, dignité dans les discussions, et sagesse dans toutes les décisions.

40.     Fasse Dieu que vos travaux et vos efforts, vers lesquels convergent non seulement les regards des peuples, mais l'espoir du monde entier, répondent pleinement à ce que l'on en attend. Dieu tout-puissant, c'est en vous et non en nos faibles forces que nous mettons toute notre confiance. Regardez avec bonté ces pasteurs de votre Eglise. Que la lumière de votre grâce nous assiste dans les décisions à prendre comme dans les lois à établir; et daignez exaucer les prières que nous vous adressons d'une même foi, d'une même voix, d'un même cœur.

41.     O Marie, secours des chrétiens, secours des évêques, qui Nous avez donné tout récemment une preuve particulière de votre amour dans la basilique de Lorette où il Nous a plu de vénérer le mystère de l'Incarnation, faites que tout s'achemine vers des réalisations heureuses et prospères. Avec saint Joseph, votre époux, les apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'évangéliste, intercédez pour nous.

A Jésus-Christ, notre Rédempteur très aimant, au Roi immortel des peuples et des temps[52], amour, puissance et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Extraits du discours du pape Paul VI pour l'ouverture de la 2e session du Concile Vatican II

29 septembre 1963

Le Christ

N°12

[...] C'est le Christ qui est notre principe, c'est le Christ qui est notre voie et notre guide, c'est le Christ qui est notre espérance et notre fin.

N°13

Puisse ce Concile avoir pleinement présent à l'esprit ce rapport entre nous et Jésus-Christ, entre l'Église sainte et vivante que nous sommes et le Christ de qui nous venons, par qui nous vivons, à qui nous allons. Rapport multiple et unique, immuable et stimulant, plein de mystère et de clarté, d'exigence et de bonheur. Que sur cette assemblée ne brille d'autre lumière que le Christ, lumière du monde. Que nulle vérité ne retienne notre intérêt, hormis les paroles du Seigneur, notre Maître unique ! Qu'une seule inspiration nous dirige : le désir de lui être absolument fidèles ! N'ayons d'autre appui que la confiance née de sa promesse et qui rassure notre faiblesse irrémédiable : « Et maintenant, moi, je serai avec vous toujours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20).

N°15

Il est extrêmement opportun, à Notre avis, que le Concile parte [...] de cette célébration mystique, qui acclame en Notre-Seigneur Jésus-Christ le Verbe incarné, le Fils de l'Homme, le Fils de Dieu et le rédempteur du monde, c'est-à-dire l'espérance de l'humanité et son seul souverain Maître, Pasteur, Pain de vie, notre Pontife et notre victime, l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, Sauveur de la terre, Roi à venir des siècles éternels.

L'Église

N°15

[...] Cette célébration mystique affirme en même temps que nous sommes appelés par le Christ, que nous sommes ses disciples, ses apôtres, ses témoins, ses ministres, ses représentants et, avec tous les autres fidèles, ses membres vivants, unis dans cet immense et unique Corps mystique que, par le moyen de la foi et des sacrements, il se constitue au cours des générations humaines, et qui est son Église spirituelle et visible, fraternelle et hiérarchique, aujourd'hui temporelle et demain éternelle.

N°17

[...] Nous nous souvenons tous de ces images admirables dont use la sainte Écriture pour nous donner une idée de la nature de l'Église qui est appelée, suivant les cas, l'édifice construit par le Christ, la maison de Dieu, le temple et le tabernacle de Dieu, son peuple, son troupeau, sa vigne, son champ, sa cité, et, finalement, l'Épouse du Christ, son Corps mystique. En méditant sur la richesse de ces images lumineuses, l'Église a été conduite à se reconnaître comme une société historique, visible et hiérarchique, et en même temps intérieurement animée d'une force mystérieuse.

N°26

[...] Il faudra traiter aussi de la composition du corps visible et mystique du Christ qu'est l'Église militante en pèlerinage sur la terre, c'est-à-dire, des prêtres, des religieux, des fidèles ainsi que des frères qui sont séparés de nous et sont appelés, eux aussi, à faire pleinement partie de ce Corps.

L'Homme

N°52

[...] Enflammés par les paroles du Pape Jean XXIII dans son discours d'ouverture, vous avez immédiatement éprouvé le besoin d'ouvrir en quelque sorte les portes de l'Assemblée pour lancer au monde un vibrant message de salutation, de fraternité et d'espérance. Geste insolite mais admirable. On dirait que le charisme prophétique de l'Église a subitement explosé ! Et comme Pierre qui, le jour de la Pentecôte, se sentit poussé à élever tout de suite la voix et à parler au peuple, vous avez voulu tout d'abord vous occuper non pas de vos affaires mais de celles de la famille humaine, et engager le dialogue non pas entre vous mais avec les hommes.

N°53

Cela signifie, vénérables Frères, que ce Concile se caractérise par l'amour, l'amour très large et pressant, l'amour qui pense aux autres avant de penser à soi, l'amour universel du Christ.

N°57

[...] Pour le moment, l'amour emplit Notre âme et l'âme de l'Église rassemblée en Concile. Nous regardons notre temps et ses manifestations diverses et contradictoires avec une très grande sympathie et un immense désir de présenter aux hommes d'aujourd'hui le message d'amour, de salut et d'espoir que le Christ a apporté au monde : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,17).

N°58

Que le monde le sache : l'Église le regarde avec une profonde compréhension, avec une admiration vraie, sincèrement disposée non à le subjuguer, mais à le servir ; non à le déprécier, mais à accroître sa dignité ; non à le condamner, mais à le soutenir et à le sauver[53].

Extrait de l’encyclique Ecclesiam suam

« Il est clair que les rapports entre l’Eglise et le monde peuvent prendre de multiples aspects, différents les uns des autres. Théoriquement parlant, l’Eglise pourrait se proposer de réduire ces rapports au minimum, en cherchant à se retrancher du commerce avec la société profane[54] ; comme elle pourrait se proposer de relever les maux qui peuvent s’y rencontrer, prononcer contre eux des anathèmes et susciter contre eux des croisades[55] ; elle pourrait au contraire se rapprocher de la société profane au point de chercher à prendre sur elle une influence prépondérante, ou même à y exercer un pouvoir théocratique[56], et ainsi de suite. Il nous semble au contraire que le rapport de l’Eglise avec le monde, sans se fermer à d’autres formes légitimes, peut mieux s’exprimer sous la forme d’un dialogue, et d’un dialogue non pas toujours le même, mais adapté au caractère de l’interlocuteur et aux circonstances de fait (autre est en effet le dialogue avec un enfant et autre avec un adulte ; autre avec un croyant et autre avec un non croyant). Ceci est suggéré par l’habitude désormais répandue de concevoir ainsi les relations entre le sacré et le profane, par le dynamisme qui transforme la société moderne, par le pluralisme de ses manifestations, ainsi que par la maturité de l’homme, religieux ou non, rendu apte par l’éducation et la culture à penser, à parler, à soutenir dignement un dialogue.

Cette forme de rapport indique une volonté de courtoisie, d’estime, de sympathie, de bonté de la part de celui qui l’entreprend ; elle exclut la condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude, l’inutilité de vaines conversations. Si elle ne vise pas à obtenir immédiatement la conversion de l’interlocuteur parce qu’elle respecte sa dignité et sa liberté[57], elle vise cependant à procurer son avantage et voudrait le disposer à une communion plus pleine de sentiments et de convictions.

Par conséquent le dialogue suppose un état d’esprit, en nous qui avons l’intention de l’introduire et de l’alimenter avec tous ceux qui nous entourent : l’état d’esprit de celui qui sent au-dedans de lui le poids du mandat apostolique, de celui qui sait ne plus pouvoir séparer son salut de la recherche de celui des autres, de celui qui s’emploie continuellement à mettre ce message dont il est dépositaire en circulation dans les échanges des hommes entre eux. »

Les 16 documents du Concile

Constitution dogmatique sur l’Eglise
Lumen Gentium
21 novembre 1964
Constitution dogmatique sur la révélation divine Dei Verbum
18 novembre 1965
Constitution sur la sainte liturgie
Sacrosanctum Concilium
4 décembre 1963
Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et Spes
7 décembre 1965


Décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Eglise Christus Dominus
28 octobre 1965
Décret sur le ministère et la vie des prêtres
Presbyterorum Ordinis
7 décembre 1965
Décret sur la formation des prêtres
Optatam Totius
28 octobre 1965
Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse Perfectae Caritatis
28 octobre 1965
Décret sur l’apostolat des laïcs
Apostolicam Actuositatem
18 novembre 1965
Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise
Ad Gentes
7 décembre 1965
Décret sur l’œcuménisme
Unitatis Redintegratio
21 novembre 1964
Décret sur les Eglises orientales catholiques
Orientalium Ecclesiarum
21 novembre 1964
Décret sur les moyens de communication sociale Inter mirifica
4 décembre 1963


Déclaration sur la liberté religieuse
Dignitatis Humanae
7 décembre 1965
Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra Aetate
28 octobre 1965
Déclaration sur l’éducation chrétienne
Gravissimum Educationis
28 octobre 1965

 


[1] Jean-Robert Armogathe (sous la direction de), Histoire générale du christianisme, volume 2 ; PUF, 2010 ; p.1085.
[2] Jean Guitton, Dialogues avec Paul VI, Fayard, 1967, p.258.259.260.261.262.
[3] Les documents du Concile ne peuvent se comprendre sans se référer au renouveau des études bibliques et patristiques. Jean-Robert Armogathe (sous la direction de), Histoire générale du christianisme, volume 2 ; PUF, 2010 ; p.1080.
[4] Jean Guitton, Dialogues avec Paul VI, Fayard, 1967, p.267.273.274.275.276.
[5]http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/motu_proprio/documents/hf_ben-xvi_motu-proprio_20111011_porta-fidei_fr.html
[6] C’est par la constitution apostolique Fidei depositum que le pape Jean-Paul II a présenté à l’Eglise ce catéchisme le 11 octobre 1992 pour le trentième anniversaire de l’ouverture du Concile.
[7] Déclaré Bienheureux le 3 septembre 2000, pape de 1958 à 1963.
[8] Le premier Concile du Vatican (1869-1870 ;  Bienheureux Pie IX) avait été interrompu dans ses travaux à cause de la guerre de 1870. On doit à ce concile des textes sur la révélation divine et le rapport entre la foi et la raison. Vatican I proclama aussi le dogme de l’infaillibilité pontificale ce qui provoqua le schisme des vieux catholiques.
[9] Voilà un concept qui fut beaucoup utilisé par le magistère du XIXe siècle dans sa lutte contre le modernisme et l’exégèse historico-critique. La meilleure illustration en est le Syllabus du Bienheureux Pie IX (8 décembre 1864) qui est un catalogue de condamnations de 80 erreurs modernes. Le Syllabus est une référence essentielle pour le mouvement catholique intégriste initié par Mgr. Marcel Lefebvre (1905-1991) qui était l’un des pères conciliaires et qui est devenu par la suite l’un des plus farouches opposants aux enseignements du Concile Vatican II.
[10] Jean XXIII est à la charnière entre deux conceptions de l’Eglise, cela apparaît bien dans son discours d’ouverture. Ici il se situe encore dans la vision triomphaliste de l’Eglise héritée de la Contre Réforme et du magistère pontifical du 19e siècle.
[11] L’accent manichéen de ce paragraphe (« ou bien » / « ou bien ») présente un certain contraste avec la conception que l’Eglise se fera, au cours du Concile et ensuite, des relations qu’elle entretient avec le monde profane et séculier tel qu’il se présentait en cette dernière moitié du 20e siècle. Cf. La manière avec laquelle la constitution pastorale Gaudium et Spes abordera la question de l’athéisme (n°19-21) : Au n°19, par.3 le Concile affirme la part de responsabilité des croyants eux-mêmes dans la genèse de l’athéisme. Le remède à l’athéisme se trouve dans « une présentation adéquate de la doctrine » et dans « la pureté de vie de l’Eglise et de ses membres ». Est essentiel « le témoignage d’une foi vivante et adulte, c’est-à-dire d’une foi formée à reconnaître lucidement les difficultés et capable de les surmonter » (n° 21, par. 5).
[12] Pour la première fois apparaît cette idée maîtresse du pape selon laquelle le but premier de l’Eglise est d’orienter l’humanité vers la transcendance de Dieu. Cf. par.12. « L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans cette vocation de l’homme à communier avec Dieu » (Gaudium et Spes, 19.1).
[13] Il est clair que le pape situe le travail du Concile qui s’ouvre dans la continuité de toute la Tradition de l’Eglise depuis ses origines.
[14] Relevons les accents lyriques de ce partage d’expérience.
[15] Le Concile Vatican II a été probablement le Concile le mieux préparé de toute l’histoire de l’Eglise car il n’a pas été convoqué dans l’urgence pour répondre à une hérésie ou à un schisme.
[16] « Sans crainte » : L’Eglise catholique a vécu dans la peur des hérésies et des idées modernes depuis l’époque de la Renaissance et de la Réforme, époque qui a coïncidé pour elle avec une perte progressive de pouvoir et d’influence qui, après le traumatisme de la révolution française, atteindra son sommet avec la fin des Etats Pontificaux en 1870. Mais il faudra attendre le pontificat de Paul VI pour que le pape renonce à porter la tiare. L'usage de la tiare dans les cérémonies solennelles a été abandonné au cours du pontificat de Paul VI. Ce Pape avait reçu une tiare précieuse de son diocèse (Milan) et l'a plus tard offerte aux pauvres (rachetée par l'Archidiocèse de New-York) le 13 novembre 1964, devant tous les évêques, en plein concile Vatican II.
[17] « Les corrections » impliquent de la part du Concile qui s’ouvre un travail de réforme de l’Eglise similaire à ce que le Concile de Trente dût mettre en œuvre au 16e siècle.  Ce sera l’un des thèmes majeurs de l’encyclique Ecclesiam suam de Paul VI en 1964 (la deuxième partie de l’encyclique est consacrée au « renouvellement » de l’Eglise.
[18] Cf. « Les biens authentiques et éternels » (par. 7).
[19] Reprise de la doctrine du Christ Roi exposée par Pie XI dans l’encyclique Quas Primas (11/12/1925).
[20] Première note d’optimisme.
[21] Cet état d’esprit n’est pas une nouveauté, c’est une constante de notre humanité que d’idéaliser le passé et de déprécier le présent. Saint Augustin mettait déjà en garde les fidèles par rapport à cette tentation facile. Cf. Son sermon Sur les épreuves de ce temps : « On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps! Si l'on pouvait les ramener à l'époque de leurs parents, est-ce qu'ils ne récrimineraient pas aussi? Le passé, dont tu crois que c'était le bon temps, n'est bon que parce que ce n'est pas le tien. […] Quelles époques terribles! Est-ce que nous n'avons pas tous été remplis d'horreur par les récits que nous en avons entendus ou lus? C'était pour que nous ayons de quoi nous féliciter, plutôt que de récriminer contre notre époque. »
http://paroissefachesthumesnil.over-blog.com/article-35062886.html
[22] Le pape a bien conscience, malgré ce qu’il affirme plus haut au paragraphe 6 , que l’humanité entre dans une période de transition et de bouleversements, d’où l’opportunité d’un Concile. On a souvent attribué la crise de l’Eglise dans les années 68-75 au Concile alors que cette crise n’était que la conséquence dans l’Eglise d’une crise encore plus profonde qui remettait en cause tous les fondements traditionnels de la société et en particulier la notion d’autorité et d’enseignement. Si l’Eglise avait été une secte, elle aurait probablement été à l’abri de ces bouleversements. C’est en plein cœur de ces bouleversements de société que le pape Paul VI a tenu à réaffirmer de manière solennelle l’essentiel de l’enseignement de l’Eglise dans sa Profession de foi catholique (30/06/1968). Ce texte marquait la clôture de l’année de la foi (célébration du 19e centenaire du martyre des saints apôtres Pierre et Paul). C’est en s’inspirant de son prédécesseur que Benoît XVI a lui aussi annoncé une « année de la foi » qui commencera le 11 octobre 2012 (pour le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile) et qui s’achèvera le 24 novembre 2013.
[23] L’oubli de la transcendance dans des sociétés laïques et sécularisées.
[24] Le pape n’idéalise pas la forme historique du christianisme connue sous le nom de « chrétienté ». Au contraire il n’hésite pas à en montrer les inconvénients particulièrement à l’occasion des conciles. Les premiers conciles de l’Eglise ont en effet été convoqués par les empereurs romains et ce jusqu’au VIIe siècle. C’est donc Constantin qui convoque le premier Concile œcuménique de Nicée en 325 pour lutter contre l’hérésie arienne qui menaçait l’unité de son empire. Le pape Sylvestre 1er n’était même pas présent au Concile ! Cf. aussi Christus Dominus 19 (liberté des évêques) et 20 (liberté dans la nomination des évêques).
[25] Malgré cette absence des pasteurs de l’Eglise du silence le concile Vatican II est certainement celui qui, dans l’histoire de l’Eglise, correspond le mieux au qualificatif d’œcuménique, c’est-à-dire universel, avec la présence de 2540 Pères conciliaires. Et cela en grande partie grâce aux progrès des moyens de transport et de communication.
[26] Le pape voit dans l’événement du Concile comme une nouvelle Pentecôte pour l’Eglise.
[27] Cette formule est essentielle pour comprendre l’esprit du Concile : fidélité à la Tradition et souci de la présenter d’une manière nouvelle qui parle aux hommes de ce temps.
[28] A nouveau rappel de la transcendance.
[29] Ce paragraphe est tout empreint du vocabulaire de saint Ignace de Loyola (le rapport entre la fin surnaturelle de l’homme et les moyens terrestres) : cf. « Le Principe et Fondement » des Exercices spirituels (n°23). Paul VI affirmera dans Ecclesiam Suam : « L’homme moderne saura encore découvrir dans la conception religieuse que le catholicisme lui offre sa propre vocation à une civilisation qui ne meurt pas, mais qui avance sans cesse vers la perfection naturelle et surnaturelle de l’esprit humain, que la grâce de Dieu rend capable de la possession honnête et pacifique des biens temporels tout en l’ouvrant à l’espérance des biens éternels ».
[30] Nouvelle insistance sur la vocation surnaturelle de l’homme.
[31] C’est ce qui est au centre de la tache du Concile : l’aggiornamento.
[32] Le pape invite à nouveau les hommes à s’orienter vers Dieu, à ne pas l’oublier.
[33] Ce qui implique qu’il n’y a pas de véritable progrès sans progrès spirituel. Le progrès technique et scientifique est insuffisant à lui seul en vue de l’accomplissement de la vocation de l’homme sur cette terre et dans l’au-delà. Un long passage de la constitution pastorale Gaudium et Spes sera consacré à « l’activité humaine dans l’univers » (n°33-39) et au rapport entre progrès terrestre et règne du Christ : « L’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine » (n°39, par.2).
[34] Fidélité à l’enseignement de l’Eglise, continuité avec la Tradition précédente. « Le pape Roncalli était en réalité un pape de la tradition, du sentiment profond du long chemin parcouru par l’Eglise. Mais il savait que la tradition ne se limite pas à ces quelques siècles ou à ces quelques problèmes auxquels les traditionnalistes la voudraient réduire » (Jean-Robert Armogathe (sous la direction de), Histoire générale du christianisme, volume 2 ; PUF, 2010 ; p.1079).
[35] Le pape réutilise cette expression pour qualifier la marche de l’Eglise dans le monde actuel.
[36] Le but premier du Concile n’est donc pas doctrinal. Il n’a pas été convoqué pour répondre à des hérésies ou pour prendre position dans des débats théologiques. Pour le pape la doctrine est acquise.
[37] Vatican II se situe dans la suite des conciles de Trente et de Vatican I.
[38] Le but de la doctrine n’est pas d’ordre théorique mais spirituel : c’est la conversion des âmes qui est la finalité du dogme.
[39] Passage cité dans Gaudium et Spes 62,2.
[40] Ce passage du discours d’ouverture est sans aucun doute le plus important pour assimiler l’esprit du Concile et son but pastoral. La distinction que le pape établit entre le contenu du dogme et la présentation qui en est faite (la forme sous laquelle l’Eglise propose son enseignement aux hommes de ce temps) est au cœur des débats conciliaires et des textes qui en ont été issus. L’effort du Concile sera pastoral et donc pédagogique.
[41] Allusion en particulier au magistère du XIXe siècle et au Syllabus.
[42] Passage très significatif : le pape invite l’Eglise à abandonner les condamnations des erreurs pour présenter d’une manière sereine le contenu de la foi au monde tel qu’il est. Proposer, enseigner au lieu de condamner, telle est l’optique positive dans laquelle Jean XXIII veut entraîner les Pères du Concile. Cf. Plus loin ce que Paul VI affirme à ce sujet dans son encyclique Ecclesiam suam. Dans la troisième partie de cette encyclique le pape caractérisera le christianisme comme une religion du dialogue entre Dieu et l’homme et par conséquent c’est cette même attitude que l’Eglise doit adopter dans ses relations avec le monde en vue d’accomplir sa mission. C’est aussi avec le pape Paul VI que l’Eglise renonce à la censure des livres interdits (mis à l’Index). Sous son pontificat  la Sacrée congrégation du Saint-Office prend le nom de Congrégation pour la doctrine de la foi suite au Motu proprio Integrae servandae du 7 décembre 1965. Par la même occasion, le pape supprime aussi la Sacrée congrégation de l'index.
[43] Vision très optimiste de la part du pape. 50 ans après il semble bien que l’espérance de Jean XXIII n’ait pas reçu un écho favorable dans l’évolution de notre humanité !
[44] L’Eglise est une mère pour tous les hommes et comme telle elle se caractérise d’abord par son amour pour tous. Le 15 mai 1961 Jean XXIII donnait à l’Eglise un enseignement de doctrine sociale avec l’encyclique Mater et Magistra.
[45] A nouveau l’idée de « fin ».
[46] Primat du témoignage de la charité chrétienne.
[47] Rappel de notre vocation surnaturelle.
[48] Annonce d’un grand thème conciliaire, celui de l’œcuménisme (la recherche de l’unité des chrétiens) qui aboutira au décret Unitatis Redintegratio (21/11/1964).
[49] Malheureusement ce désir du pape n’a pas été exaucé dans les années postconciliaires. Et c’est son successeur, Paul VI, qui a dû porter le fardeau des déchirements internes à l’Eglise catholique entre ceux qui trouvaient que le Concile n’avait pas été assez novateur (l’aile progressiste) et ceux qui, au contraire, lui reprochaient une trop grande ouverture au monde contemporain et un abandon de la Tradition catholique au profit des erreurs modernes (l’aile intégriste). Dès 1964 Paul VI rappellera aux catholiques dans Ecclesiam Suam la valeur de l’exercice de la vertu d’obéissance et l’autorité du magistère de l’Eglise. Il dénoncera par ailleurs « l’esprit d’indépendance, de critique, de rébellion » qui s’accorde mal « avec la charité qui inspire la solidarité, la concorde et la paix dans l’Eglise ; il transforme facilement le dialogue en contestation, en dispute, en dissension ». En témoigne aussi l’exhortation apostolique du 8/12/1974 : La réconciliation à l’intérieur de l’Eglise.
[50] Relevons le contraste entre l’idée que Jean XXIII se fait de l’œcuménisme comme retour des chrétiens séparés dans le sein de l’Eglise catholique et l’œcuménisme tel qu’il sera présenté par le décret du Concile et vécu ensuite.
[51] Lyrisme du langage et dans tout le par.38.
[52] A nouveau allusion au Christ Roi.
[53] Documentation Catholique n° 1410 - 20 octobre 1963 - col. 1346-1361
Jean XXII / Paul VI, Discours au Concile - Centurion, Documents conciliaires, tome 6, 1966
[54] C’est la tentation sectaire.
[55] C’est la condamnation systématique, et justement le refus d’entrer en dialogue.
[56] C’est la confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel : l’alliance du sabre et du goupillon.
[57] Le dialogue du salut s’oppose au prosélytisme.


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